Avant d’être une pratique de bien-être, le magnétisme fut une théorie médicale, une mode parisienne et l’objet de l’une des premières enquêtes scientifiques rigoureuses de l’histoire. Remonter le fil, de Franz Anton Mesmer à nos jours, éclaire ce que le magnétisme est — et ce qu’il n’a jamais réussi à démontrer.
✨ À retenir
- Le « fluide » de Mesmer n’a jamais été démontré : une commission royale l’a déjà conclu en 1784.
- Le magnétisme est aujourd’hui une pratique de bien-être, pas une médecine.
- Son histoire montre pourquoi un ressenti positif, bien réel, n’est pas une preuve d’efficacité.
Mesmer et le « magnétisme animal »
Franz Anton Mesmer (1734-1815) est un médecin d’origine allemande formé à Vienne. Vers 1770, il élabore la théorie du « magnétisme animal » : il existerait un fluide universel et invisible circulant dans tous les corps, et le déséquilibre de ce fluide serait à l’origine des maladies. Le rôle du praticien serait de le rééquilibrer, notamment par des « passes » (des mouvements des mains le long du corps) et par divers dispositifs. Cette idée s’inscrit dans une époque fascinée par les forces invisibles récemment découvertes, comme l’électricité et le magnétisme minéral, dont Mesmer emprunte le vocabulaire.
La vogue parisienne et le baquet
Installé à Paris dans les années 1780, Mesmer connaît un succès retentissant. Sa pratique la plus célèbre est le « baquet » : une grande cuve remplie d’eau et de limaille de fer, hérissée de tiges métalliques que les patients appliquaient sur leurs corps, souvent reliés entre eux par une corde. Réunis en séances collectives, les participants attendaient une « crise » — sensations de chaleur, tremblements, parfois convulsions — censée signaler l’action du fluide. Le phénomène devient un fait de société autant qu’une affaire médicale, au point d’inquiéter les autorités et une partie du corps savant.
1784 : la commission royale et le verdict de l’« imagination »
En 1784, Louis XVI nomme une commission royale pour évaluer le magnétisme animal. Elle réunit des figures de premier plan, dont Benjamin Franklin, le chimiste Antoine Lavoisier, l’astronome Jean-Sylvain Bailly et le médecin Joseph-Ignace Guillotin. Les commissaires conçoivent des expériences astucieuses : par exemple, faire croire à un sujet qu’un objet ou un arbre a été « magnétisé » alors qu’il ne l’est pas, et observer que les effets surviennent selon ce que la personne croit, non selon la réalité de la manipulation.
La conclusion est restée célèbre : rien ne prouve l’existence d’un fluide, et les effets observés s’expliquent par l’« imagination » — ce que nous appellerions aujourd’hui la suggestion et l’effet placebo. Par son recours à des essais « en aveugle », cette enquête est souvent citée comme l’une des premières investigations scientifiques rigoureuses de l’histoire, et un modèle précoce de test d’une allégation thérapeutique.
Dès 1784, la science cherchait le fluide — et trouvait l’imagination.
De Puységur à l’hypnose
L’histoire ne s’arrête pas au verdict de la commission. Un disciple de Mesmer, le marquis de Puységur, décrit dès 1784 un état particulier qu’il nomme « somnambulisme artificiel » : un sommeil provoqué et lucide, considéré comme un ancêtre direct de l’hypnose. Au XIXe siècle, le mesmérisme se transforme progressivement en hypnotisme : le chirurgien écossais James Braid forge le mot « hypnotism » (vers 1843) et abandonne l’idée d’un fluide au profit d’un phénomène psychologique. Plus tard, le neurologue Jean-Martin Charcot étudie l’hypnose à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris. Un même fil relie donc Mesmer à la naissance de l’hypnose moderne — mais sans jamais valider le fameux fluide.
La tradition des magnétiseurs jusqu’à aujourd’hui
En parallèle du monde savant, une tradition populaire s’est perpétuée : celle des magnétiseurs et guérisseurs, qui pratiquent l’imposition des mains et parlent volontiers de « fluide » ou d’énergie. Cette pratique s’est transmise de génération en génération, indépendamment des débats scientifiques. Aujourd’hui, le magnétisme est clairement rangé parmi les approches de bien-être. Le verdict historique tient toujours : aucun « fluide » mesurable n’a été démontré. Ce que les séances peuvent apporter — détente, moment d’attention, effet placebo, relation bienveillante — est bien réel, mais relève du confort, pas d’un soin. Nous détaillons cette notion dans Le fluide : l’énergie du magnétiseur.
Ce que cette histoire nous apprend
La leçon la plus utile de cette histoire est aussi la plus discrète. Les patients de Mesmer ressentaient vraiment quelque chose ; les commissaires de 1784 ne l’ont jamais nié. Ce qu’ils ont montré, c’est que ce ressenti pouvait exister sans le fluide supposé — autrement dit, qu’une expérience subjective sincère ne suffit pas à prouver un mécanisme. Deux siècles plus tard, la position honnête reste la même : apprécier le magnétisme comme un temps de relaxation, sans lui prêter des vertus curatives qu’il n’a jamais démontrées. Pour approfondir ce point de vue, voir Le magnétisme fonctionne-t-il vraiment ?
Questions fréquentes
Qui a inventé le magnétisme animal ?
Le médecin Franz Anton Mesmer (1734-1815), formé à Vienne. Il théorise vers 1770 l’existence d’un fluide universel invisible dont le déséquilibre causerait les maladies, et connaît une grande vogue à Paris dans les années 1780.
La commission de 1784, qu’a-t-elle conclu ?
Réunie à la demande de Louis XVI (avec Franklin, Lavoisier, Bailly et Guillotin), elle conclut qu’aucune preuve n’établit l’existence d’un fluide. Les effets observés sont attribués à l’« imagination », c’est-à-dire à la suggestion et au placebo.
Le magnétisme et l’hypnose sont-ils liés ?
Historiquement, oui. Le « somnambulisme artificiel » décrit par Puységur, puis l’hypnotisme nommé par James Braid et étudié par Charcot, descendent du mesmérisme — mais en abandonnant l’idée de fluide au profit d’un phénomène psychologique.
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Information de bien-être. Le magnétisme ne remplace ni consultation ni traitement médical.
